«La démarche de Rita Alaoui s’inscrit aussi dans une pratique actuelle de l’art écologique, visant à collecter et conserver au sein d’œuvres où d’installations afin d’en laisser une mémoire quasi muséale, des formes du vivant susceptibles de disparaitre sous l’effet de la dégradation des écosystèmes.» Philipe Godin

Née à Rabat en 1972, Rita Alaoui vit et travaille entre Paris et le Maroc. Formée à la Parsons School of Design à Paris puis à New York, elle développe depuis les années 1990 une pratique artistique qui s’appuie sur la peinture tout en l’étendant vers le dessin, la performance, la photographie, l’installation et le livre d’artiste. Son œuvre se construit dans la durée, par cycles, où la matière et le geste deviennent des outils d’exploration du vivant.

Nourrie par les paysages marocains, la lumière atlantique, les zones arides, les jardins clos et les territoires marqués par la sécheresse, elle interroge les relations entre fragilité écologique et persistance des formes. Dans son travail, la nature apparaît comme une force de recomposition, active et structurante.

Son processus commence souvent par la collecte. Pierres, os, fragments végétaux, résidus organiques sont glanés, classés, observés. L’atelier devient un espace d’archéologie intime où chaque élément est traité comme un témoin matériel. Ces fragments réapparaissent dans ses peintures sous forme de silhouettes, de strates ou de constellations, recomposant des paysages où le sauvage et le cultivé coexistent. Par superpositions, effacements et variations chromatiques, souvent élaborées à partir de pigments naturels, Rita Alaoui construit des surfaces vibrantes et traversées par le temps.

Cette recherche s’est affirmée dans plusieurs expositions personnelles et collectives marquantes. Manifeste d’un Fossile (Galerie Boa, Paris, 2019) a posé les bases d’un travail sur la mémoire minérale et la trace. Orpin (Orangerie du Parc du Prieuré, 2022) a exploré les tensions entre jardin cultivé et végétation spontanée. Parle-moi du Jardin de ta Grand-Mère (Centre Tignous d’art Contemporain, Montreuil, 2024) où elle intervenait comme artiste et commissaire invitée, a abordé le jardin comme archive sensible et espace de filiation. As Feeling Births Idea et In the Blood (Tiwany Contemporary, Londres, 2024) auprès d’artistes confirmés, ont approfondis les notions d’héritage, de mémoire et de transmission.

Plus récemment, Le Jardin Silencieux (Siniya28, Marrakech, 2023), The Water Under My Skin (2025) et The Inner Garden (El Fenn, Marrakech, 2026) ont approfondi une réflexion sur les écologies intérieures, la réparation et la transmission, dans des installations immersives où peinture et espace dialoguent étroitement.

Son travail a également été présenté dans des contextes institutionnels d’envergure, notamment à la Biennale de Rabat (Un Instant Avant le Monde, 2020), à la Marrakech Biennale, à la Fondation EDF à Paris, à l’Institut des Cultures d’Islam et à l’Institut du Monde Arabe. Elle a participé à des plateformes internationales telles que 1-54 Contemporary African Art Fair et AKAA, Paris Internationale, consolidant une présence régulière sur la scène contemporaine internationale.

En 2023, Rita Alaoui est parmi les dix finalistes du Prix COAL pour son engagement artistique autour des enjeux écologiques. Elle a également été sélectionnée pour le Norval Sovereign African Art Prize. Ses projets récents, notamment Lawsonia Cataplasm Garden, articulent peinture, performance et recherche sur les plantes tinctoriales et médicinales, interrogeant les gestes de soin et les transmissions vernaculaires.

Son œuvre figure aujourd’hui dans des collections publiques et privées de premier plan, parmi lesquelles le Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain à Rabat, l’Institut du Monde Arabe à Paris, le MAC VAL, la Fondation Blachère, l’Artothèque du Kremlin Bicêtre, le Prince Claus Fund, ainsi que plusieurs collections universitaires internationales, dont Yale University et UC Berkeley.

Parallèlement, Rita Alaoui développe une pratique exigeante du livre d’artiste, conçu en éditions uniques ou publié en séries limitées, notamment aux Éditions Al Manar et aux Éditions Comme un Arbre. Le livre y devient un espace autonome de recherche, où texte et image se répondent dans une économie de moyens privilégiant la lenteur et la méditation.

À travers l’ensemble de son œuvre, Rita Alaoui élabore une peinture attentive aux écologies fragiles, aux gestes de réparation et aux circulations invisibles. Son travail inscrit la nature comme mémoire active et champ de transformation.

……………………………………………………………………………………………………………………………………

Born in Rabat in 1972, Rita Alaoui lives and works between Paris and Morocco. Trained at the Parsons School of Design in Paris and later in New York, she has developed since the 1990s an artistic practice rooted in painting while extending it into drawing, performance, photography, installation, and artist books. Her work unfolds over time through cycles in which material and gesture become tools for exploring the living world.

Nourished by Moroccan landscapes—the Atlantic light, arid zones, enclosed gardens, and territories marked by drought—she examines the relationships between ecological fragility and the persistence of forms. In her work, nature appears as an active and structuring force of recomposition.

Her process often begins with collecting. Stones, bones, plant fragments, and organic residues are gathered, classified, and observed. The studio becomes a space of intimate archaeology where each element is treated as a material witness. These fragments reappear in her paintings as silhouettes, strata, or constellations, recomposing landscapes where the wild and the cultivated coexist. Through layering, erasure, and chromatic variations—often developed from natural pigments—Rita Alaoui constructs vibrant surfaces permeated by time.

This research has taken shape in several significant solo and group exhibitions. Manifeste d’un Fossile (Galerie Boa, Paris, 2019) laid the foundations for a body of work centered on mineral memory and trace. Orpin (Orangerie du Parc du Prieuré, 2022) explored tensions between cultivated gardens and spontaneous vegetation. Parle-moi du Jardin de ta Grand-Mère (Centre Tignous d’Art Contemporain, Montreuil, 2024), where she participated as both artist and guest curator, approached the garden as a sensitive archive and a space of lineage. As Feeling Births Idea and In the Blood (Tiwany Contemporary, London, 2024), alongside established artists, further deepened themes of heritage, memory, and transmission.

More recently, Le Jardin Silencieux (Siniya28, Marrakech, 2023), The Water Under My Skin (2025), and The Inner Garden (El Fenn, Marrakech, 2026) have extended her reflection on inner ecologies, repair, and transmission through immersive installations in which painting and space closely interact.

Her work has also been presented in major institutional contexts, notably at the Rabat Biennale (Un Instant Avant le Monde, 2020), the Marrakech Biennale, the Fondation EDF in Paris, the Institut des Cultures d’Islam, and the Institut du Monde Arabe. She has participated in international platforms such as 1-54 Contemporary African Art Fair and AKAA, Paris Internationale, consolidating a consistent presence on the international contemporary art scene.

In 2023, Rita Alaoui was among the ten finalists for the COAL Prize in recognition of her artistic engagement with ecological issues. She was also selected for the Norval Sovereign African Art Prize. Her recent projects, notably Lawsonia Cataplasm Garden, bring together painting, performance, and research on dye and medicinal plants, questioning gestures of care and vernacular transmission.

Her work is now held in major public and private collections, including the Mohammed VI Museum of Modern and Contemporary Art in Rabat, the Institut du Monde Arabe in Paris, MAC VAL, the Fondation Blachère, the Artothèque du Kremlin-Bicêtre, the Prince Claus Fund, as well as several international university collections, including Yale University and UC Berkeley.

At the same time, Rita Alaoui has developed a rigorous practice of the artist’s book, producing both unique editions and limited series, notably published by Éditions Al Manar and Éditions Comme un Arbre. The book becomes an autonomous space of research, where text and image engage in dialogue within an economy of means that favors slowness and meditation.

Through the entirety of her work, Rita Alaoui develops a painting practice attentive to fragile ecologies, gestures of repair, and invisible circulations. Her work positions nature as an active memory and a field of transformation.